On nous dit de faire attention à l’infobésité.
Et si c’était bien plus que l’amas d’info qui nous menaçait…
Et si, plus sérieusement, c’était la consommation d’info, elle-même, en continu, stérilisée, indigente….
Or, certes, je commente, je digg, je deliciouse, je retweete, je suis acteur… mais je ne suis pas auteur… ou si peu, un auteur non créateur, un rewriter.
Je ne suis toujours pas fécond.
Par un tour de passe, je me sens en capacité, enrôlé par cet espace de commentaire qui m’est ouvert.
Et si le pouvoir de récupération du capitalisme de toute forme de subversion était là, encore à l’oeuvre ?
Et si la zone d’autonomie temporaire ne venait pas de se transformer en parc d’attraction2.0 pour adulte en mal d’expression ?
L’expression de chacun noyée dans la masse émerge à peine plus claire que de l’écume.
Regarder bien ce schéma, la nouvelle hygiène de vie de l’homme moderne…Il est passif.
Le contraire de passif, ce n’est pas acteur (on peut n’avoir en bouche que les mots des autres) mais bien créateur… cet homo sapiens qui possède la faculté d’invention propre.
Signe des temps : on a jamais autant parlé d’attention, de concentration, de focus.
Retrouver le fil, retrouver son fil…

Un commentaire
Alors, comme ça l’homo webicus 2.0 serait un sorte de gros geek accroc au « passing-through » informationnel ? Un peu effrayant comme portait-robot, non ?
Ce qui me donne envie de tempérer ce point de vue, c’est l’encastrement du virtuel dans la réel. Je crois en effet que l’activité menée sur la toile, qu’elle soit passive (passer la « donnée »*) ou active (créer l’ »info »), ne constitue pas l’essentiel d’une vie mais simplement une strate de vie sociale parmi d’autres. Il suffit de remonter au temps où l’internet n’existait pas encore pour s’apercevoir que, en fin de compte, les conversations du quotidien n’étaient faites que de ce qu’on avait vu, lu, entendu, de sources diversifiées – pour l’époque (télévision, journaux, livres, conversations).
Que fait-on sur internet ? Des commentaires, des recommandations, de la compilation, du référencement, etc. On interagit. Rien de plus, rien de moins qu’avant donc. Seulement, la forme, elle, est totalement neuve car dynamique. Elle n’attend plus ni la sélection d’une autorité intellectuelle ni la validation sur le contenu d’un quelconque comité. Elle est plus libre.
Libre, oui, mais sans garantir la (bonne, juste) réception du propos. Autrement dit, s’exprimer sur la toile sans avoir constitué préalablement son audience, c’est un peu comme parler tout seul dans la rue au gré d’une déambulation urbaine. Imagine le chaos. Généralement, cette audience, on la constitue à partir de ceux que l’on connaît dans la vraie vie (avantage de cette interconnaissance, elle évite le processus long et hasardeux du « sondage » de l’autre). L’audience est pré-existante. A l’inverse, on peut se retrouver dans le besoin de créer « from scratch » son audience. Et là, ça se complique. L’audience devient « circonstancielle » : elle joue sur les hasards des trajectoires individuelles, mais pas que cela. Il y aussi le nouement de contacts sur la base de l’intérêt : parce que le web fonctionne par centres d’intérêts identifiables plus ou moins facilement, il permet aux gens de se retrouver, de maximiser leurs chances de « rencontrer », faire la connaissance, d’échanger avec d’autres qui partagent au moins un point commun.
Aussi, je n’aurais pas parlé de capitalisme. Je trouve que cela renvoie à quelque chose de trop transcendant, trop abstrait. A la place, j’aurais introduit la notion de « marché », et avec elle celle de l’ajustement de l’offre et de la demande. Le marché marche bien pour les produits, on le sait. Mais il marche aussi très bien pour les échanges interpersonnels. Quand je m’adresse à quelqu’un, je suis dans une situation d’offre communicationnelle. Je peux faire une proposition spontanée, qui m’engagera dans un ajustement progressif (trouver le bon ton, le bon argument, etc.) afin de me faire comprendre. Mais je peux aussi avoir été sollicité par une question, à laquelle je réponds en tentant, là aussi, de m’ajuster à mon interlocuteur.
Alors, seulement acteur (et surtout pas créateur) l’homo webicus ? Non, sauf à penser que l’acte créatif est tout sauf encastré dans un « web of social links ». Ce qui, a priori, n’est pas le cas. Tentons au moins de laisser une chance à certains d’entre les actifs de la toile : d’abord acteurs, puis auteurs avant peut-être d’être créateurs… de leur vie (avant leur œuvre).
* La donnée ne deviendra information que lorsqu’elle sera traitée et utilisée par celui qui voudra bien en faire usage. En l’absence de volonté, elle restera une simple donnée, là, mais inerte.
PS : le schéma est saisissant mais un peu trop justement. Par sa volonté de présenter de manière claire, il en devient simpliste. Il occulte totalement l’encastrement de l’individu dans une vie sociale mêlant réel et virtuel de manière inextricable. Un schéma intelligible mais socialement limitatif.